EIC Accelerator ou Eurostars : quel guichet pour sa medtech ?

TRL 5, consortium international, subvention ou investissement en capital: pour une medtech, le choix entre l’EIC Accelerator et Eurostars se joue moins sur le prestige du programme que sur le stade réel du projet.

EIC Accelerator ou Eurostars : quel guichet pour sa medtech ?

EIC Accelerator ou Eurostars: quel guichet pour sa medtech?

Un dispositif laser encore en validation de laboratoire ne répond pas aux mêmes critères qu’un système d’imagerie biomédicale prêt à entrer en industrialisation. Et une entreprise qui cherche à financer une collaboration de R&D n’a pas la même équation qu’une startup qui doit financer son déploiement commercial.

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Les deux programmes peuvent soutenir une innovation deeptech en santé, mais ils ne financent pas le même moment de son histoire. Eurostars accompagne une R&D collaborative portée par plusieurs entreprises européennes. L’EIC Accelerator vise une entreprise capable de transformer une technologie déjà démontrée en produit, puis en activité commerciale. Dans le débat « eic accelerator ou eurostars pour medtech », le premier critère n’est donc pas le montant demandé: c’est la maturité de la technologie, la solidité de l’entreprise et la nature du risque qu’il reste à prendre.

Maturité technologique: le pivot TRL qui départage tout

Le Technology Readiness Level est le premier filtre, et il est non négociable. Eurostars cible les projets de R&D collaborative démarrant à TRL 4 — la phase de validation de principe en environnement de laboratoire — pour progresser vers les niveaux 6 ou 7, correspondant à une démonstration en environnement pertinent ou à un prototype validé dans des conditions opérationnelles.

Dans une medtech, cette progression peut recouvrir plusieurs réalités. Un fabricant de source laser peut devoir stabiliser la puissance, la durée d’impulsion et la compatibilité avec un système de délivrance. Une équipe spécialisée dans la photonique peut encore travailler sur la sensibilité d’un capteur, sa sélectivité ou son intégration dans un dispositif utilisable par un professionnel de santé. Dans ces deux cas, le projet n’est pas seulement une opération de mise sur le marché: il reste une part substantielle de risque scientifique et technique à traiter.

L’objectif d’Eurostars est de faire franchir un cap à cette technologie: validation dans un environnement représentatif, intégration des briques critiques, préparation des essais ou de la pré-commercialisation. Selon la nature du dispositif, le projet peut aussi produire les premières données nécessaires à la stratégie réglementaire et clinique. Il ne s’agit pas de financer indistinctement toute la chaîne de développement, mais de soutenir une coopération de R&D qui rapproche le produit de son usage réel.

L’EIC Accelerator intervient plus loin dans la trajectoire. La technologie doit déjà avoir franchi le cap du TRL 5 au moment du dépôt. Le programme peut ensuite accompagner une montée en maturité jusqu’au déploiement commercial, généralement associé aux niveaux de TRL les plus élevés. Le financement porte alors autant sur le passage à l’échelle que sur la technologie elle-même: industrialisation, validation finale, certification, chaîne d’approvisionnement, accès au marché et structuration de l’entreprise.

La différence est essentielle. Une preuve de concept convaincante ne suffit pas nécessairement à constituer un dossier EIC Accelerator. Le jury cherchera à comprendre ce qui a déjà été démontré, dans quelles conditions, avec quelles données et quelle reproductibilité. Il évaluera aussi la distance entre le prototype et un produit que des établissements de santé, des distributeurs ou des industriels pourront réellement acheter.

Concrètement, une medtech ayant validé un premier prototype fonctionnel sur banc d’essai mais ne disposant pas encore de données robustes dans un environnement pertinent se situera typiquement autour des TRL 4 ou 5. Eurostars sera alors souvent le guichet le plus cohérent pour financer la R&D qui mènera aux validations suivantes. À l’inverse, si le dispositif a déjà franchi la démonstration, que les performances sont documentées et que le risque principal devient industriel ou commercial, l’EIC Accelerator peut prendre le relais.

Il faut toutefois éviter une lecture mécanique du TRL. Deux entreprises affichant le même niveau peuvent présenter des situations radicalement différentes. Un système d’ablation laser peut être techniquement mature mais bloqué par la reproductibilité de sa fabrication. Un capteur photonique peut fonctionner dans un laboratoire mais ne pas encore supporter les contraintes de stérilisation, d’ergonomie ou d’intégration dans un parcours de soins. Le niveau TRL doit donc être défendu par des éléments concrets, pas simplement déclaré dans un formulaire.

Le TRL n’est pas une formalité administrative: c’est la donnée de banc qui détermine si votre dossier atterrit dans le bon programme ou dans la pile des rejets.

Avant de choisir le guichet, il faut être capable de répondre à quelques questions très matérielles:

  • Le prototype fonctionne-t-il dans les conditions d’utilisation prévues, ou uniquement dans un environnement contrôlé?
  • Les performances ont-elles été reproduites par une équipe indépendante ou sur plusieurs séries de tests?
  • Les briques critiques — source, optique, logiciel, capteur, interface ou consommable — sont-elles déjà maîtrisées?
  • Le principal risque restant est-il scientifique, industriel, réglementaire ou commercial?
  • Les données disponibles permettent-elles de défendre un calendrier crédible jusqu’aux premiers revenus?

Ces réponses orientent souvent le choix mieux qu’un tableau de financement.

Structure du consortium: mono-bénéficiaire contre partenariat international

La différence architecturale est nette. Eurostars impose la constitution d’un consortium international composé d’au moins deux partenaires indépendants issus de deux pays membres d’Eurostars différents. Le consortium doit être mené par une PME. Chaque participant dépose ensuite son propre volet national et reçoit le financement selon les règles de son pays.

Ce fonctionnement convient particulièrement aux projets dans lesquels les compétences critiques sont réparties entre plusieurs organisations. Une PME française peut développer la source laser et l’architecture optique, tandis qu’un partenaire allemand prend en charge la validation biologique ou l’intégration dans un environnement clinique. Une autre entreprise peut apporter un logiciel d’analyse d’image, un procédé de fabrication ou une capacité d’essai que le chef de file ne possède pas en interne.

Le consortium n’est pas une formalité destinée à satisfaire une règle européenne. Il doit correspondre à une vraie interdépendance technique. Chaque partenaire doit avoir un rôle identifiable, un budget proportionné à ses tâches et une contribution qui ne pourrait pas être remplacée facilement par un simple achat de prestation. Dans un dossier medtech, cette cohérence se lit notamment dans le partage des lots de travail, la propriété intellectuelle, les responsabilités réglementaires et la stratégie d’exploitation des résultats.

L’EIC Accelerator repose au contraire sur un candidat unique. L’entreprise porte seule le projet et l’ensemble du plan de mise sur le marché. Elle peut naturellement travailler avec des sous-traitants, des laboratoires, des hôpitaux ou des partenaires commerciaux, mais le financement ne repose pas sur un consortium international obligatoire. Le programme cherche à identifier une entreprise capable de piloter la technologie, de protéger sa propriété intellectuelle et d’orchestrer son déploiement.

Cette configuration favorise les startups et PME qui ont déjà internalisé les compétences décisives. Dans la photonique médicale, cela peut signifier que l’architecture du dispositif, les paramètres de performance, le logiciel de pilotage et la feuille de route réglementaire sont suffisamment maîtrisés pour que l’entreprise ne dépende plus d’un partenaire de recherche afin de démontrer sa faisabilité.

ParamètreEurostarsEIC Accelerator
CandidatConsortium d’au moins deux partenaires internationaux indépendants, mené par une PMEEntreprise candidate en mono-bénéficiaire
Maturité cibleProjet démarrant généralement à TRL 4 et progressant vers les niveaux 6 ou 7Technologie déjà démontrée, avec une trajectoire vers l’industrialisation et le marché
Type de financementSubvention publique distribuée par les agences nationalesSubvention pouvant atteindre 2,5 M€ et investissement en capital via le Fonds EIC
Objectif principalR&D collaborative, intégration, validation et pré-commercialisationPassage à l’échelle, déploiement industriel et croissance commerciale
Collaboration obligatoireOui, avec des partenaires de plusieurs pays éligiblesNon, même si des partenaires techniques ou commerciaux peuvent intervenir
Risque dominantRisque scientifique et technique partagé entre les partenairesRisque de mise à l’échelle, d’accès au marché et d’exécution commerciale

Pour une medtech à vocation photonique qui développe un nouveau système d’ablation laser, Eurostars peut coupler le développement de la source avec un partenaire étranger spécialisé dans le guidage d’image ou la validation préclinique. La répartition des tâches donne alors une cohérence au projet: chacun réduit une incertitude technique précise.

L’EIC Accelerator devient plus pertinent lorsque les composants critiques sont déjà intégrés et que le sujet principal est la transformation du prototype en produit. L’entreprise doit alors montrer qu’elle connaît son marché, ses concurrents, son modèle de revenus et les obstacles qui séparent une technologie prometteuse d’une adoption par les établissements de santé.

Le choix du consortium doit également tenir compte de la propriété intellectuelle. Dans un projet Eurostars, les partenaires doivent définir en amont qui détient les résultats, qui pourra les exploiter et dans quelles limites. Pour une technologie laser ou un dispositif d’imagerie, cette discussion peut concerner les dessins optiques, les algorithmes, les paramètres de traitement, les méthodes de calibration ou les données produites pendant les essais. Repousser ces sujets à la fin du projet crée un risque aussi sérieux qu’un retard technique.

Modèles de financement: subvention pure versus financement mixte

La divergence la plus structurelle réside dans le mécanisme financier. Eurostars repose sur des subventions publiques distribuées par les agences nationales des pays partenaires. En France, Bpifrance instruit et verse la subvention selon les règles applicables au projet et au profil de l’entreprise. Le financement soutient les dépenses de R&D éligibles, sans prise de participation au capital de la société.

Pour les PME françaises, le taux couramment mobilisé dans le montage Eurostars est de 40 % des dépenses de R&D éligibles. Il peut être différent pour d’autres catégories d’entreprises, notamment les ETI de moins de 2 000 salariés. Le budget doit donc être construit avec une lecture nationale, même si le projet est européen: les dépenses admissibles, les taux et les modalités de versement ne sont pas nécessairement identiques chez tous les partenaires.

La subvention Eurostars peut être articulée avec le Crédit d’Impôt Recherche, mais elle doit être prise en compte dans le calcul de l’assiette du CIR. Ce point technique a des conséquences directes sur le plan de trésorerie. Une entreprise qui additionne mécaniquement les deux dispositifs risque de surestimer son niveau de soutien public et de sous-estimer son besoin de financement intermédiaire.

L’EIC Accelerator propose une logique de financement mixte, ou blended finance. Une subvention pouvant atteindre 2,5 millions d’euros peut financer une partie des activités de développement, tandis qu’un investissement en capital compris entre 0,5 et 15 millions d’euros peut accompagner la phase de déploiement commercial. Cet investissement est réalisé via le Fonds EIC, et non par un « État européen » entrant directement au capital.

La nuance n’est pas sémantique. Le Fonds EIC est l’instrument d’investissement associé au programme. Il intervient selon une logique de financement en capital, avec une analyse de l’entreprise, de sa valorisation, de sa gouvernance et de ses perspectives de croissance. Il ne faut donc pas présenter le volet equity comme une simple extension automatique de la subvention, ni comme une prise de participation directe d’un État.

L’EIC Accelerator combine une subvention et un investissement en capital via le Fonds EIC. Eurostars accorde une subvention sans prise de participation. Le choix n’est pas seulement financier: il est structurel.

Cette différence modifie la discussion avec les actionnaires et les investisseurs privés. Pour une medtech qui doit financer la certification de son dispositif, renforcer son équipe industrielle ou produire des lots pilotes, la subvention peut réduire la pression sur la trésorerie. Eurostars permet alors de soutenir un programme de R&D sans dilution, à condition d’accepter la logique du consortium et le calendrier de la coopération internationale.

L’EIC Accelerator vise une situation différente. L’entreprise doit souvent financer plusieurs chantiers simultanément: industrialisation, recrutement, affaires réglementaires, essais, accès aux premiers clients et déploiement commercial. Le volet en capital peut donner une capacité d’action plus importante qu’une subvention seule, mais il suppose d’assumer l’ouverture du capital et les exigences d’une trajectoire de croissance.

Pour arbitrer, il faut distinguer trois besoins que les dossiers mélangent souvent:

1. Réduire une incertitude technique: la question porte sur la faisabilité, la performance et l’intégration. Eurostars est naturellement adapté lorsque la réponse exige des compétences réparties entre plusieurs partenaires.

2. Financer une validation avancée: il peut s’agir de démontrer la robustesse du dispositif, de préparer les essais ou de consolider les données nécessaires à la stratégie réglementaire. Le choix dépend alors du niveau de maturité et du rôle des partenaires.

3. Accélérer l’accès au marché: le besoin concerne davantage la production, la certification, la force commerciale et le déploiement. L’EIC Accelerator prend alors tout son sens, surtout si l’entreprise peut porter seule la feuille de route.

Dans tous les cas, une subvention européenne ne remplace pas un plan de financement complet. Les dépenses sont engagées selon des règles précises, les versements ne couvrent pas toujours les besoins de trésorerie au moment où ils apparaissent et le calendrier administratif peut différer du calendrier industriel. Une medtech qui prévoit une série pilote, des recrutements spécialisés ou une campagne d’essais doit donc calculer son besoin de fonds de roulement indépendamment du montant théorique de l’aide.

Taux de succès et stratégie d’accompagnement avec Bpifrance

Les taux de sélection expliquent en partie la différence de stratégie entre les deux programmes. Eurostars affiche généralement un taux de succès compris entre 25 et 30 %, tandis que l’EIC Accelerator est beaucoup plus sélectif, autour de 6 % sur l’ensemble du processus. Ces chiffres ne garantissent rien à un projet donné, mais ils indiquent le niveau de compétition auquel l’entreprise doit se préparer.

Le taux de l’EIC ne doit surtout pas être interprété comme un simple indicateur de qualité scientifique. Le programme évalue plusieurs dimensions en même temps: caractère innovant, potentiel de rupture, capacité de l’équipe, taille du marché, avantage concurrentiel, protection de la propriété intellectuelle, crédibilité du calendrier et capacité à lever les risques restants. Une technologie excellente peut échouer si le plan de commercialisation reste vague. À l’inverse, une entreprise moins spectaculaire sur le plan scientifique peut convaincre si elle démontre une compréhension fine de son marché et une exécution solide.

Eurostars est lui aussi exigeant, mais l’évaluation se concentre davantage sur la cohérence du projet collaboratif, la qualité des partenaires, la faisabilité des travaux et la capacité à produire des résultats exploitables. Un consortium déséquilibré, dont un partenaire réalise l’essentiel de la R&D sans justification claire, fragilise le dossier. La promesse de coopération internationale doit se traduire dans les tâches, les livrables et l’exploitation future des résultats.

Bpifrance propose des dispositifs d’accompagnement qui peuvent aider à préparer ces candidatures. Le dispositif « Diag Europe » destiné à l’EIC Accelerator subventionne 50 % d’une prestation de conseil plafonnée à 20 000 € HT, soit un reste à charge maximal de 10 000 € HT pour l’entreprise. Le « Diagnostic Partenariat Technologique International » répond à une logique comparable pour les projets de coopération tels qu’Eurostars.

L’intérêt de ces dispositifs n’est pas de déléguer l’écriture à un consultant. Un accompagnement utile doit permettre de tester la solidité du projet, de faire émerger les hypothèses fragiles et de transformer une description technique en démonstration convaincante. Pour une entreprise de photonique, cela signifie notamment relier les performances de la technologie à un bénéfice clinique, à un coût d’utilisation et à une décision d’achat.

La préparation doit généralement couvrir plusieurs chantiers:

  • Le positionnement technologique: quelles performances sont réellement différenciantes, et par rapport à quelle solution existante?
  • La preuve d’usage: qui utilisera le dispositif, dans quel environnement, avec quelle contrainte de formation ou d’intégration?
  • La stratégie réglementaire: quelles étapes restent à franchir avant la mise sur le marché, et quelles données seront nécessaires?
  • Le modèle économique: vente de l’équipement, consommables, service, licence ou combinaison de plusieurs sources de revenus?
  • La capacité d’exécution: quelles compétences sont déjà présentes, lesquelles doivent être recrutées et quelles tâches seront confiées à des partenaires?
  • Le financement complémentaire: que couvrent la subvention et l’investissement, et comment l’entreprise finance-t-elle le reste du programme?

Un dossier EIC Accelerator doit être lisible par des évaluateurs qui ne seront pas tous spécialistes de la sous-brique technologique. L’expertise ne consiste pas à multiplier les détails optiques ou biologiques, mais à expliquer pourquoi ces détails changent la performance du dispositif, son coût, sa sécurité ou son adoption. La description d’un capteur photonique doit donc aller jusqu’à son usage clinique et à sa valeur pour le système de soins.

Pour Eurostars, une autre difficulté apparaît: il faut faire tenir la logique de chaque partenaire dans une seule trajectoire. Le développement du laser, la validation biologique et l’intégration logicielle ne doivent pas apparaître comme trois projets juxtaposés. Le dossier doit montrer ce que la coopération rend possible et pourquoi cette coopération accélère le passage au niveau de maturité suivant.

La charge de préparation est importante dans les deux cas, mais elle ne se répartit pas de la même manière. Pour l’EIC Accelerator, l’entreprise doit porter seule la vision, les données financières, la stratégie commerciale et la défense du projet. Pour Eurostars, la rédaction peut être partagée, mais la coordination internationale ajoute ses propres contraintes: calendriers de validation, règles budgétaires nationales, propriété intellectuelle et alignement des attentes entre partenaires.

Pour une PME française en photonique médicale, l’accompagnement Bpifrance peut donc servir de levier de dérisque opérationnel. Il aide à qualifier la faisabilité du dossier avant de mobiliser longuement les équipes internes. Investir dans une revue critique d’un projet très sélectif n’est pas seulement une dépense de conseil: c’est une manière de vérifier que le programme choisi correspond bien à la maturité de l’entreprise et à son besoin de financement.

Le dispositif Fast Track: optimiser son parcours européen

Un mécanisme de transition peut relier les deux programmes. Les startups et PME ayant mené à bien un projet financé par Eurostars-3 peuvent, sous les conditions prévues par le dispositif, bénéficier du Fast Track to the EIC Accelerator. La réussite d’un projet Eurostars ne transforme pas automatiquement l’entreprise en lauréate de l’EIC, mais elle peut modifier le parcours de candidature.

L’intérêt du Fast Track est de permettre aux entreprises éligibles de contourner la première étape de candidature et de soumettre directement une proposition complète. Le gain n’est pas uniquement administratif. Une entreprise qui a terminé un projet Eurostars dispose normalement d’éléments nouveaux pour documenter ses performances: résultats de validation, essais réalisés, maturité du prototype, retour des utilisateurs et capacité de coopération.

Cette continuité peut être particulièrement intéressante pour une medtech. Le projet Eurostars aura pu financer le développement d’un module laser, la validation d’un capteur ou l’intégration d’une plateforme d’imagerie. Le dossier EIC devra ensuite démontrer que ces résultats ne restent pas au stade de la preuve technique: ils doivent soutenir une stratégie d’industrialisation et d’accès au marché.

La séquence logique peut donc être la suivante:

1. Eurostars pour traiter le risque de R&D: l’entreprise s’appuie sur un partenaire international afin de valider les briques qui ne sont pas encore suffisamment mûres.

2. Consolidation des résultats: les performances sont mesurées dans un environnement pertinent, les limites du prototype sont documentées et les besoins réglementaires sont précisés.

3. Préparation du changement d’échelle: l’entreprise clarifie la fabrication, la chaîne d’approvisionnement, les coûts, la propriété intellectuelle et la stratégie commerciale.

4. EIC Accelerator via le Fast Track, lorsque les conditions sont réunies: le projet vise alors le passage à l’industrialisation et au marché, avec une combinaison de subvention et d’investissement en capital.

Cette trajectoire n’est pas un raccourci garanti. Le jury de l’EIC examinera toujours l’ambition commerciale, le marché adressable, l’équipe dirigeante et la capacité à absorber des financements importants. Un projet Eurostars réussi prouve que l’entreprise sait mener une R&D collaborative; il ne prouve pas automatiquement qu’elle sait vendre un dispositif médical à grande échelle.

La fenêtre temporelle compte également. Le recours au Fast Track est lié à un projet Eurostars-3 mené à bien et à la période précédant la soumission. Il faut donc vérifier les conditions applicables au moment de la candidature, plutôt que de bâtir toute une stratégie sur une éligibilité supposée. La clôture administrative du projet, les justificatifs disponibles et le calendrier de la nouvelle candidature doivent être anticipés.

Pour les entreprises qui envisagent cette trajectoire, le bon réflexe est de préparer dès Eurostars les éléments qui seront utiles à l’EIC. Les résultats ne doivent pas être documentés uniquement pour satisfaire le rapport de R&D. Il faut aussi conserver les données qui permettront de démontrer l’avantage concurrentiel, la reproductibilité, la valeur clinique, le coût cible et la capacité de production.

Eurostars construit la preuve technique. L’EIC Accelerator cherche ensuite à financer la conversion de cette preuve en croissance. Entre les deux, l’entreprise doit changer de récit: elle ne présente plus seulement ce qu’elle est capable de développer, mais ce qu’elle est capable de déployer.

Alors, EIC Accelerator ou Eurostars pour sa medtech?

Le choix entre EIC Accelerator et Eurostars ne dépend pas d’une préférence pour un programme ou pour un autre. Il dépend d’abord d’une mesure honnête de la maturité technologique, puis de la structure du risque restant.

Si la medtech se situe au stade d’un prototype fonctionnel, avec une preuve de principe validée mais sans données consolidées dans un environnement pertinent, Eurostars est souvent le guichet le plus cohérent. Le projet peut bénéficier d’une subvention publique sans dilution et d’un partenariat international qui apporte les compétences manquantes. Pour une PME française, Bpifrance devient alors un interlocuteur central du montage et du financement national.

Si la technologie a franchi la démonstration et que l’enjeu principal est désormais l’industrialisation, la certification, la production ou l’accès au marché, l’EIC Accelerator prend une autre dimension. Il peut combiner une subvention allant jusqu’à 2,5 millions d’euros avec un investissement en capital compris entre 0,5 et 15 millions d’euros via le Fonds EIC. Ce volet d’investissement doit être compris comme une opération en capital, avec ses implications pour la gouvernance et la dilution, et non comme l’entrée directe d’un État au capital de la société.

La comparaison peut se résumer ainsi:

  • TRL 4 à 5, risque technique encore central, besoin d’un partenaire international: Eurostars est généralement le point d’entrée le plus naturel.
  • Technologie démontrée, entreprise capable de porter seule le déploiement, besoin de financer le changement d’échelle: l’EIC Accelerator devient plus pertinent.
  • Projet Eurostars terminé avec des résultats exploitables et ambition commerciale renforcée: le Fast Track peut ouvrir une continuité vers l’EIC, sous réserve des conditions d’éligibilité.
  • Besoin de trésorerie sans dilution pour une R&D collaborative: la subvention Eurostars répond mieux à la logique du projet.
  • Besoin simultané de financement de croissance et d’accélération commerciale: le financement mixte de l’EIC peut être plus adapté.

La frontière n’est pas absolument rigide: un projet Eurostars peut contenir des activités proches de la pré-commercialisation, et un dossier EIC peut encore comporter des travaux techniques substantiels. Mais la logique dominante doit rester claire. Eurostars finance une coopération qui réduit le risque technologique. L’EIC Accelerator finance une entreprise qui veut transformer une technologie déjà crédible en activité européenne.

TRL 4-5, besoin de subvention pure et de partenariat technique: Eurostars. Technologie démontrée, besoin de capital et de déploiement porté par une entreprise unique: EIC Accelerator. Entre les deux, ce sont les preuves disponibles — pas l’ambition affichée — qui font la différence.

Questions fréquentes

Quelle est la différence de maturité technologique requise entre les deux programmes ?
Eurostars cible des projets démarrant généralement au niveau TRL 4, tandis que l'EIC Accelerator exige que la technologie ait déjà franchi le cap du TRL 5 au moment du dépôt.
Le consortium est-il obligatoire pour l'EIC Accelerator ?
Non, l'EIC Accelerator repose sur un candidat unique, bien que l'entreprise puisse collaborer avec des sous-traitants ou des partenaires commerciaux sans obligation de consortium international.
Comment fonctionne le financement mixte de l'EIC Accelerator ?
Il combine une subvention pouvant atteindre 2,5 millions d'euros pour le développement et un investissement en capital via le Fonds EIC, compris entre 0,5 et 15 millions d'euros, pour le déploiement commercial.
Qu'est-ce que le dispositif Fast Track ?
C'est un mécanisme permettant aux entreprises ayant mené à bien un projet Eurostars-3 de contourner la première étape de candidature pour soumettre directement une proposition complète à l'EIC Accelerator.
Le financement Eurostars entraîne-t-il une dilution du capital ?
Non, Eurostars repose sur des subventions publiques distribuées par les agences nationales, ce qui permet de soutenir la R&D sans prise de participation au capital de la société.